#BrandTalk : la donnée au service de la santé

Home Blends & Trends 21 décembre 2018

Le 15 novembre dernier, fifty-five organisait un échange informel autour du secteur de la Health Tech, le quatrième de la série des « BrandTalks » ! Ce format de club de discussion libre a pour objectif de réunir des acteurs aux profils très divers sur des sujets en lien avec le digital, l’innovation et la data, pour que chacun puisse se nourrir du point de vue de l’autre...

Le sujet de ce BrandTalk : quand données et technologie se mettent au service de la santé, quels enjeux sont soulevés ? Pour l’occasion, fifty-five a réuni différents acteurs autour du monde de la santé et de la technologie, comme La Mutuelle Générale, Withings, BotDesign, ADDON-acs, Concilio, Betterise, Fluo, ainsi qu’un professionnel de santé, tous présents pour apporter leurs différentes expertises lors du débat !

Intelligence artificielle, santé prédictive, objets connectés… quand technologie et santé se croisent

Selon le rapport Biotech – BCG paru en 2017, plus de 600 entreprises en France sont déjà positionnées sur le secteur Health Tech. A terme, ces entreprises pourraient générer un chiffre d’affaires annuel de 40 milliards d’euros, et 130 000 emplois supplémentaires d’ici 2030 : bref, un secteur porteur !

Extrait du rapport Biotech / BCG

De plus, 82 % des assureurs déclarent être prêts à investir dans l’ intelligence artificielle au cours des cinq prochaines années. Pourtant, il existe un réel décalage entre l’innovation proposée par les startups, et la mise en place effective de ces solutions par les assureurs. « Si en France, les assureurs et mutualistes n’en sont qu’aux prémices des investissements dans les start-ups spécialisées, au Royaume-Uni par exemple, cette logique est déjà bien plus avancée » explique Jehan de Castet, fondateur et CEO de Fluo.

Mais avant de se précipiter sur le développement de nouveaux services numériques, toujours est-il qu’il faut penser à l’utilisateur et à ses besoins. Récemment, c’est l’assureur AXA qui annonçait fermer la version française de son application myAXA. Pour cause ? Trop peu d’utilisateurs. « Ce qui intéresse le client, c’est le service avant tout. Il faut repenser les applications pour aller au-delà du simple gadget : ce qu’il faut, c’est donner la bonne information au bon moment au bon client » , souligne Thibault Allouard, directeur général et co-fondateur de ADDON-acs. Même chose pour les start-ups : « Aujourd’hui, le simple wow effect ne suffit plus. On ne compte plus les applications pour le diabète par exemple. Mais sur les 500 existantes, seulement 3 ou 4 sont réellement utilisées ! » s’exclame Jean-Louis Fraysse, co-fondateur de BotDesign.

Ce qui fonctionne, c’est donc de se baser sur les besoins des utilisateurs, comme le souligne Raphaël Gravaud, Head of CRM & E-Commerce chez Withings : « Nos objets connectés sont tous reliés à une même application, ce qui permet à l’utilisateur de recroiser ses différentes données de santé sans multiplier les applications à utiliser » .

Le digital et les données pour réconcilier le parcours santé

Les progrès faits grâce aux nouvelles technologies et à la donnée, que ce soit en matière d’équipements médicaux ou dans les services proposés, permettront d’aller vers un accompagnement de plus en plus personnalisé, et à l’horizon la promesse d’une santé prédictive. Mis à part de meilleurs soins, c’est l’accès aux services qui sera facilité, avec enfin une meilleure maîtrise des coûts sous-jacents.

Le constat est en effet sans appel : aujourd’hui,  le patient est perdu face à la complexité du système de santé, qui fonctionne en silos. « Quand on est malade ou confronté à la maladie, on ne sait pas naviguer dans le système de santé. Le lien est notamment cassé entre généraliste et médecin spécialisé, ce qui est clairement contre-productif » précise Georges Aoun, co-fondateur de Concilio. L’enjeu est donc de faire gagner soit du temps soit de l’exhaustivité et de la qualité grâce à la donnée produite par les médecins ou les malades eux-mêmes.

En effet, pour Nicolas Postel-Vinay, médecin à l’Hôpital européen Georges Pompidou et spécialisé en e-santé, le problème majeur du médecin réside dans la réconciliation des données et du parcours santé : « Quand on reçoit un patient, on a peu de temps, et on veut réunir rapidement les informations complètes et pertinentes le concernant pour fournir la meilleure décision (orientation ou diagnostic) possible, ce qui est très compliqué aujourd’hui » . A noter que l’Etat a récemment pris en main le sujet, et a enfin lancé son initiative DMP (Dossier Médical Partagé) au début du mois de novembre. Fini le carnet de santé papier ! Le patient peut réunir ses données de santé, en ligne et de manière sécurisée, pour les partager plus facilement aux praticiens qu’il consulte.

Mais tous les problèmes ne peuvent être réglés par le digital… Si l’on se penche sur le problème des déserts médicaux français par exemple, on imagine souvent que la téléconsultation est une solution. En effet depuis septembre 2018, l’Assurance maladie française a annoncé le remboursement des téléconsultations médicales. Dans les zones bien couvertes, elle permettrait également de gagner du temps. Mais la téléconsultation va-t-elle réellement permettre de moins voir son médecin ? « Si la question posée par le patient est ambiguë, s’il manque des données la consultation présentielle resta nécessaire. Il existe des auteurs pour dire que les actes à distance comportent aussi le risque de doubler le parcours de santé, et donc les coûts » , souligne Nicolas Postel-Vinay. « C’est le too much medecine des anglo-saxons ! » . Dans tous les cas, les acteurs de la e-santé n’ont pas manqué de sauter sur l’occasion, notamment Doctolib qui a annoncé moins de deux semaines après l’annonce de l’Assurance maladie se lancer dans la télémédecine.

Sécurisation des données et respect de la vie privée des patients

Selon une étude menée par Odoxa, 80 % des répondants sont favorables au partage de leurs données pour faire avancer la médecine, mais 83 % d’entre eux veulent savoir à quelles fins sont utilisées ces données, et que celles-ci soient également anonymisées.

Pour les acteurs exploitant les données de santé, données dites sensibles selon la CNIL, l’enjeu principal réside donc dans une communication transparente avec les patients, et cela encore plus que dans d’autres secteurs.

C’est un paradoxe particulier aux données de santé, comme le souligne Jessica Ferraris, Innovation Designer à La Mutuelle Générale : « La donnée est à la fois une opportunité et un obstacle pour les complémentaires santé : les assurés sont généralement prêts à céder leurs données de santé pour accéder à un meilleur service, mais ils s’attendent également à qu’elles soient utilisées dans un cadre très restreint, réglementé et sécurisé. L’enjeu principal de notre secteur aujourd’hui, c’est donc de maintenir et de renforcer le lien de confiance avec nos assurés à travers une politique des données éthique et transparente » . Enjeu avec lequel on est désormais familiers en Europe, avec l’entrée en vigueur du RGPD cette année !

On note également que le rapport aux données de santé est différent ailleurs, par exemple : « Aux Etats-Unis, les patients peuvent mettre leurs données de santé dans la blockchain et reçoivent un token en échange » signale Jean-Louis Fraysse. « Vous payez aussi vos soins différemment en fonction de qui vous êtes, avec un modèle pay-how-healthy-you-live, similaire au pay-how-you-drive » , ajoute Georges Aoun. Un modèle d’individualisation des assurances et de monétisation de la donnée de santé qui n’a pas encore sa place aujourd’hui en Europe, où il est d’ailleurs interdit de revendre ses données personnelles.

 

En bref, qu’avons-nous retenu de cette quatrième édition du BrandTalk chez fifty-five ? Il est clair que la donnée transforme le marché de la santé en profondeur, avec des enjeux encore plus forts qu’ailleurs. La transformation des usages est en marche, avec à la clé une facilité d’accès et une amélioration de la qualité des soins apportés. Il faut cependant garder à l’esprit que la technologie et les données n’ont pas ici vocation à supplanter l’humain, mais bien à le compléter, comme le précise Jean-Louis Fraysse : « La technologie est là pour aider à compenser les “lacunes humaines”, pour harmoniser et rationaliser la qualité des soins apportés » .

Vous reprendrez bien une tasse de thé ?